Jenny De la Torre - Portrait
Aider, guérir et soigner, soulager les douleurs des plus démunis –Jenny De la Torre le veut depuis toujours. Dès l′enfance elle fut confrontée à la pauvreté et aux inégalités sociales. Dans sa ville natale Puquio au Pérou il n’y avait pas suffisamment de médecins pour soulager les maladies et la douleur dans toute son étendue. C′est pourquoi elle voulut devenir médecin. Dans les années 80, loin du pays natal, elle étudia la médecine avec la ferme volonté de revenir un jour dans sa patrie pour y aider les plus démunis.
La vie emprunte parfois un chemin différent. Jenny De la Torre reste à Berlin avec son fils. Elle cherche ici-même le moyen de concrétiser sa vision de la médecine. Elle commence une spécialisation en chirurgie pédiatrique à l′hôpital berlinois Charité de l′université Humboldt – rebaptisé aujourd′hui Campus Virchow-Klinikum. Après avoir réussi sa promotion elle travaille dans plusieurs cliniques en Allemagne et en Autriche. Par ailleurs elle se consacre à un projet médical pour femmes enceintes démunies.
Jenny de la Torre exerce son métier avec succès, elle vient en aide à de nombreux patients mais cela ne lui suffit pas. La pratique de la médecine est impitoyable. Les médecins spécialistes doivent posséder un excellent niveau de connaissances, traiter leurs patients de manière efficace et surtout rapide. Il reste peu de temps pour le dialogue et le contact humain, pour un mot en plus. Après tout, beaucoup de patients attendent leur tour. Mais Jenny de la Torre veut davantage. Cela ne lui suffit pas d′opérer parfaitement. Elle veut suivre elle-même le rétablissement du patient, devenir une personne de confiance. Elle ne sait pas encore qu′elle aura bientôt la possibilité de concrétiser cette vision de la médecine.
En 1994 le médecin commence à soigner des personnes sans domicile fixe à la gare berlinoise Ostbahnhof. Elle examine environ 25 patients par jour, soigne plaies, blessures et abcès avec les moyens du bord, soulage les douleurs et distribue les médicaments nécessaires. A part les maladies de peau comme la gale presque inévitable pour ceux qui vivent dans la rue, les sans-abri souffrent surtout de parasites, de pneumonies. Il lui faut des nerfs solides et beaucoup de tact. Le contact avec des personnes alcooliques et droguées n′est d′abord pas facile pour Jenny de la Torre, qui se dit cependant: il faut accepter les hommes tels qu′ils sont. Ils n′ont pas choisi de mener cette vie. Avec de la patience et du temps, elle écoute chacun et réussit à instaurer un climat de confiance. La confiance est ce dont les personnes sans domicile fixe - exclus sociaux - ont le plus besoin. Le médecin le sait d′expérience.
Le médecin engagé se bat contre les barrières de la bureaucratie. „Une société riche telle que la société allemande doit pouvoir s′occuper des plus démunis – le contraire serait honteux.“
Sa persévérance est couronnée de succès. Les patients sans domicile fixe acceptent „leur docteur“. Beaucoup la consultent régulièrement. Revoir un patient qui a réussi sa réinsertion sociale, la rend heureuse par-dessus tout. La société est la seule à pouvoir vraiment guérir un sans-abri en lui offrant de nouvelles perspectives, une échappatoire à la pauvreté.
Le corps médical reconnaît de plus en plus l′engagement du médecin. Des spécialistes offrent leur aide et soignent les patients démunis. Sur le plan européen on traite de plus en plus sérieusement le projet d′un centre destiné aux personnes sans domicile fixe – projet unique en son genre dans le monde. Des étudiants en médecine et des jeunes en formation dans les domaines médicaux rendent visite au centre pour y bénéficier des diverses expériences. Jenny de la Torre Castro aime communiquer son savoir, tient des discours dans les universités, les centres de formation et les manifestations de bienfaisance. Elle collecte des dons afin d′améliorer l′équipement du cabinet. En 1997 le président allemand Roman Herzog remet l’ordre allemand du mérite (Bundesverdienstkreuz) au médecin pour son travail d′exception.
En décembre 2003 la fondation „Jenny De la Torre“ fête son premier anniversaire à Berlin. L′objectif de la fondation inaugurée en 2002 est d′assurer à long terme l′aide médicale et l′encadrement des personnes sans domicile fixe à Berlin.
A la suite de ces succès, elle est particulièrement affectée lorsque que son employeur – la MUT – Gesellschaft für Gesundheit mbh, filiale de l’Ordre des Médecins de Berlin (Berliner Ärztekammer), réduit son emploi à plein temps de 40 à 25 heures par semaine. C′est inacceptable pour Jenny De la Torre Castro, qui dans l′intérêt de ses patients, démissionne de son poste à la MUT. „J′ai bâti ce projet et je ne suis pas prête à le continuer sous une forme réduite.“ Ses patients comprennent sa décision qui signifie cependant une perte importante pour eux. Jenny de la Torre reste confiante en l′avenir. Pour elle ce n’est pas la fin mais le début d′un nouveau projet.
Portrait de l′ambassadrice du Verbundnetz der Wärme (Réseau Chaleur Humaine) Jenny De la Torre Castro, repris du site Internet www.verbundnetz-der-waerme.de, actualisé et complété en février 2004.
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